Léoncel et La Vacherie en 1944 – Les morts pour faits de guerre

La guerre a frappé durement les deux communes : 22 morts pour 260 habitants, de mai 1944 à avril 1945.

Un dénombrement des décès pour faits de guerre en 1944 / 1945 dressé par Joseph La Picirella, a été transmis par Céline Dumas et Maurice Bleicher, du Musée départemental de la Résistance du Vercors de Vassieux (messages des 1er décembre 2021 et 2 janvier 2022). Il a été complété avec les informations transmises par Robert Serre (messages du 30 janvier 2022, du 7 mars 2022), Guy Champéroux (entretien du 6 décembre 2021) et Raymond Samuel (message du 5 décembre 2021).

Il y a sans doute eu des soldats allemands tués lors des combats des Limouches, les 28 et 29 juillet, mais on n’en sait pas le décompte.

Les morts dans la commune de Léoncel

Pour Léoncel, quatorze morts violentes – neuf décès dans la commune, et cinq décès d’habitants ou personnes liées à la commune hors de la commune.

La commune comptait 150 habitants en 1936.

  • 18 mai 1944 – Joséphine Heln (21 ans), René Fresnoy (25 ans), René Payre (19 ans), Louis X (40 ans), exécutés par la Résistance.
  • 26 juin 1944 – Jean-Pierre Dupouy, Résistant blessé à Léoncel, décède à Saint-Jean-en-Royans, Il n’y a pas eu de combat à Léoncel les jours précédent ; peut-être s’agit-il d’un accident avec une arme.
  • 30 juin 1944 – Valéry Blin (70 ans, natif d’Omblèze) domestique de Mme Barraquand : tué par le bombardement allemand sous le ponceau de la route du col de Tourniol.
  • 31 juillet – trois Résistants désarmés, capturés à Bouvante, sont exécutés à La Charge : Marcel Albert-Brunet (23 ans, de Saint-Jean), Jean Gauthier (24 ans, de Saint-Jean – mention Mort pour la France), Albert Giraud (25 ans, né à Villard-Bonnot, domicilié à Bouvante). Ils étaient des blessés du Vercors qui avaient quitté la grotte de la Luire, avant l’arrivée des Allemands.
  • 12 août – Charles Mottet (50 ans, né à Léoncel) agriculteur domicilié à Vassieux) : tué par les Allemands à Vassieux en quittant l’exploitation de son beau-frère.
  • 20 août – Gaston Samuel (22 ans, de La Charge, Léoncel – mention Mort pour la France) : Résistant, engagé dans la Cie Sabatier, mort au combat à Alixan, lors de l’attaque de la gare.  Le récit de sa mort est donné par son camarde de combat, A. Ottinger, dans Habitants et maquisards du Vercors – Récits et témoignages p. 88.
  • 28 août – Auguste Flandin (21 ans, né à Léoncel, habitant à Montéléger) : Résistant, exécuté à Beaumont-lès-Valence ;
  • 3 septembre – Florentin Bonnefoy (69 ans, d’Issarlès, Ardèche) – ouvrier agricole, bûcheron ? ; d’après un courrier du maire (6 novembre 1996), il est  » tué par éclatement de grenade près de la maison du Moulin  » .
  • 23 janvier 1945 – Ange Santoni (40 ans, de Vivario, Haute-Corse, habitant à Gampaloux) Résistant, mort mort au combat, décédé à Sélestat dans les rangs du 11e Régiment de Cuirassiers (mention Mort pour la France).

Commune du Chaffal

Pour Le Chaffal, huit décès – cinq décès dans la commune, trois décès hors de la commune : deux habitants de la commune et un Résistant blessé au combat du Chaffal. La commune comptait 113 habitants au recensement de 1936.

  • 1er août – Roger Samuel (20 ans, de Sainte-Eulalie-en-Royans, mention Mort pour la France) : Résistant, revenant du Vercors après la dispersion, capturé à Ambel ou à La Sausse, exécuté à Mayousse.
  • 9 août – trois Résistants de la Cie Chrétien morts au combat du Chaffal : Bernard Giraud (20 ans, de Lyon – mention Mort pour la France) et Lionel Giraud (19 ans, de Lyon – mention Mort pour la France), René (ou André, ou Charles) Schmitt (identité exacte non connue). Un soldat allemand est également mort ce 9 août : Erich Stadaginski, 23 ans.
  • 25 août 1944 – Giovanni Bianchin, bûcheron, arrêté au Chaffal, fusillé à Montclar-sur-Gervanne par la Résistance.
  • 21 février 1945 – Georges Kalimeri, Résistant blessé au Chaffal le 9 août, décède de ses blessures (26 ans, du Teil – mention Mort pour la France).
  • 22 avril 1945 – Pierre Pinat (21 ans, de La Vacherie) : Résistant, engagé dans la Cie Sabatier, mort au combat à l’attaque des forts défendant le col de Larche (la compagnie est intégrée dans le 5e Régiment de Dragons). A. Ottinger dans Habitants et maquisards du Vercors – Récits et témoignages, p. 116, évoque la mort de son camarade Pierre Pinat à Meyronnes.

Le père Grassot, curé du Chaffal, a écrit un poème sur les morts de Pierre Pinat et Roger Samuel.

[Extrait de Traces d’un poète, recueil de poèmes de F. Grassot, publié par le père Julien Sciolla, 2009.]

AUX DEUX MARTYRS

PIERRE ET ROGER

Tout près de mon village il s’élève une croix

Au sommet d’un coteau dressé comme un calvaire

C’est là que fut tué sous l’ombrage d’un bois

Un jeune martyr de la guerre.

Quand il fondit sur nous, l’ennemi ramenait

Ce soldat de vingt ans au gracieux visage

Soudain l’on entendit des balles crépiter

   Jetant l’émoi dans le village.

Nous ne l’avons connu qu’étant défiguré

Lâchement fusillé par des mains meurtrières

Nous l’avons adopté car son sang a coulé

   Un matin d’août sur notre terre.

L’autre était de chez nous, mais il était parti

Défendre son pays, sa montagne si chère

En montant à l’assaut, par un matin d’avril

   Il fut tué loin de sa mère.

Nous le connaissions tous : c’était un courageux

Tout le monde l’aimait comme on aime un grand frère

Il repose là-bas au pied des monts neigeux

   Au bord d’un chemin solitaire.

Au marbre du pays leurs deux noms sont gravés

O triste souvenir de cette tragédie !

La croix nous parlera de nos suppliciés

   Tombés un jour pour la patrie.

Tout près de mon village il s’élève une croix

Au sommet d’un coteau dressé comme un calvaire

Pour ceux qui sont tombés à l’ombrage des bois

J’y viendrai faire une prière.

Frédéric Grassot