Léoncel et La Vacherie en 1944 – Les terrains de parachutage

Les ouvrages et les témoignages attestent de l’importance des parachutages pour la Résistance. Dans quels prés ou champs étaient installés les terrains de parachutage ravitaillant les Résistants locaux ?

LES TERRAINS RECENSÉS

LES SOURCES

  • L’ouvrage Subir…mais lutter : Alain Coustaury y publie une carte des terrains drômois avec leur nom de code. Trois terrains sont proches de nos communes : « Séville », « Cadix », Banane » .

[Collectif Subir… mais lutter – Drômois, Drômoises dans la seconde Guerre Mondiale, Éd. Mémoire de la Drôme, Bourg-lès-Valence, 2017.Carte p. 88.]

  • Le dossier Archives départementales de la Drôme ADD 132 J 67 « Parachutages ». Il comprend les notes d’André Vincent-Beaume sur les terrains de parachutage utilisés par les maquis. Des listes donnent le nom de code, le nom de la commune ou du lieu-dit, et les coordonnées géographiques.  Des fiches complètent les listes. Une des fiches indique qu’il n’y avait pas de terrain au Chaffal. Trois terrains sont proches de Léoncel et de La Vacherie : « Jouvet – (Combovin) », «Cadix – Peyrus» et « Séville-Peyrus » avec leur localisation sur la carte Michelin.

LA LOCALISATION DES TROIS TERRAINS

La Résistance utilisait en effet le quadrillage des cartes Michelin pour communiquer à Londres la localisation des terrains. Les cartes Michelin portent en marges la longitude et la latitude (indiquées en grades et non en degrés). Par exemple pour la carte 77 « Valence – Grenoble » : « 3° » pour 3° de longitude ouest (pour les Résistants : « O 300 ») et 49°80 pour 49° 80 de latitude nord (pour les Résistants : « 4980 »). Avec cette méthode, on peut encore aujourd’hui facilement localiser les terrains sur les cartes Michelin.

« Banane / Jouvet »

  • Un document d’A. Vincent-Beaume porte la mention suivante : « Sources AN-BCRA – Terrain « Jouvet » : Carte Michelin 77 – 30 mm E de O 300 – 15 mm N de 4980 – 9,5 km de Chabeuil. »
  • Une fiche du dossier est titrée « COMBOVIN » lieu-dit « la Chauméane », avec mention manuscrite « Jouvet ». Localisation : carte Michelin 77 – 36 mm E de O 300 – 15 mm N de 4980.  Par orientation : à 2 km au S de Jouvet et à 2 km au N de Fouquets. Par rapport à la liste ci-dessus, on constate une différence dans la distance à la longitude : 36 mm, et non 30 mm, soit un écart vers l’est de 1,2 km.  Cette différence peut venir d’une erreur de transcription.
Détail de la fiche « Combovin » d’A. Vincent-Beaume
ADD 132 J 67

Jouvet et Les Fouquets sont deux lieux-dits portés sur la carte Michelin de 1939.  Les Fouquets sont toujours présents (nommés « Les Fouguets » par l’IGN) mais Jouvet n’apparaît plus sur les cartes ; sa position, à 2 km de la route du col de Bacchus et 2 km de la route du col des Limouches, semble être celle de la Moutine.

  • Une autre fiche porte « ROCHETTE-SUR-CREST » (rayé) et « COMBOVIN ». Le nom de « Jouvet » apparaît de nouveau après « La Raye ». Les coordonnées sont encore différentes : 31 mm E de O 300 – 12 mm N de 4980. D’où une indication dactylographiée sur le « double emploi ».
Détail de la fiche « La Raye » d’A. Vincent-Beaume
ADD 132 J 67

« Cadix » et « Séville »

  • Le document donne les coordonnées des deux terrains : « Terrains OSS du Cdt Azur – Sources : MM Perdu et Ruchon de Barbières »
  • Terrain « Cadix » : Peyrus – Carte Michelin 77 – 45 mm E de O 300 – 43 mm N de 4980
  • Terrain « Séville » : Peyrus – Carte Michelin 77 – 34 mm E de O 300 – 48 mm N de 4980
  • L’utilisation de la carte Michelin permet de placer « Cadix » au nord du col des Limouches, vers le lieu-dit Mantin, commune de Léoncel (et non de Peyrus).
  • « Séville » serait dans le vallon des Chichats, à l’est de Peyrus.
Détail d’une liste d’A. Vincent-Beaume
ADD 132 J 67

L’échelle au 1 /200 000 de la carte Michelin ne donne pas de localisation très précise. On peut supposer que les maquisards utilisaient au mieux le terrain pour placer leurs repères lumineux.

La localisation des trois terrains est portée sur la carte ci-après.

L’UTILISATION DES TERRAINS PAR LES MAQUISARDS DE LÉONCEL ET DU CHAFFAL

Compagnie Chrétien aux Limouches : « Banane » ou « Cadix » ?

La Cie Chrétien s’établit aux Limouches début juin 1944.

Dans le dossier ADD 97 J 18 (Opérations – juillet 1944) il y a deux messages concernant les parachutages : « Banane » est le terrain désigné pour le bataillon dont relevait la Cie Chrétien.

  • Le 13 juillet 1944, le Cdt Legrand écrit au Cdt Antoine : « Je pense que vous avez entendu le message vous concernant sur Banane. »
  • Un message du Lt Planas (surnom : Marcassin) du 27 juillet 1944 demande : « Faut-il prévoir un emplacement couvert [?] près du terrain sur la colline près de Clairnoir où les attelages transporteraient les containers, au cas où l’aviation nous empêcherait de faire transport par camion. » Cela ne peut être que « Banane ».

La compagnie aurait pu utiliser le terrain « Cadix » plutôt que « Banane » / « Jouvet ». La distance est d’environ 6 km entre la ferme Bellon (où était la compagnie) et « Banane », alors qu’elle est de 1,5 km entre la ferme Bellon et « Cadix ».

Évidemment, tout dépendait des liaisons avec Londres : il se peut qu’un terrain ait été privilégié, pour des raisons autres que l’implantation des camps.

Compagnie Georges, Compagnie Wap et EM du CneRené à Léoncel : « Cadix », « Banane » ou « Les Coquins » ?

On sait, par le site « Musée de la Résistance en ligne » que l’équipe du Cdt Georges (de Barbières), le 10 janvier 1944, réceptionne un parachutage au terrain « Cadix », au col des Limouches.

[Source. Musée de la Résistance en ligne, notice « Georges Perdu » (consulté le 18 février 2022)]

Pour la Cie Wap, le terrain recensé le plus proche est celui des Limouches, « Cadix ». Mais J.P. Bretegnier cite explicitement les parachutages à Combovin, « Banane » : « les parachutages sont très nombreux sur le plateau de Combovin où nous allons chercher le matériel qui nous est destiné. » La période n’est pas précisée. « Cadix » peut avoir été défini après « Banane ».

D’autre part, les souvenirs de Pierre Lambert et de Guy Champéroux font penser qu’il existait un autre terrain plus proche de Léoncel. Pierre Lambert (Cie Georges) écrit : « La nuit, nous faisons quatre feux pour signaler l’endroit précis du largage, entre La Vacherie et Léoncel ». Les souvenirs sont de la période de juin 1944. Ce souvenir concorde avec celui de G. Champéroux, vivant à Bérangeon, siège de l’EM FFI et de la Cie Wap : il voyait les maquisards partir le soir, et revenir (chargés) assez rapidement. Les maquisards allumaient des feux. Le lieutenant écoutait les messages radio sur un vieux poste à galène capricieux.  Les FFI mettaient une certaine discrétion : ils ne disaient pas où ils allaient, ils ne demandaient pas de charrette.

Pour G. Champéroux, les parachutages se seraient faits vers Les Coquins, à proximité de La Vacherie. Soit à 3 km de Léoncel, à plat, au lieu de 4 ou 5 km pour Mantin (et 150 m de dénivelé).

[Sources. Pierre Lambert Les Lambert, chronique d’une vie familiale. P. 46-47 – Guy Champéroux. Entretien du 9 janvier 2022]

L’emplacement, dans la plaine de La Vacherie, est plus pratique que celui de « Cadix » (au secteur accidenté, mêlant les bois aux champs et prés) mais il est moins sûr. Car, contrairement aux trois autres terrains, l’accès ne peut pas être surveillé ni bloqué avec facilité, conditions de choix des terrains. Mais peut-être ces conditions n’avaient plus lieu d’être en juin / juillet 1944, dans un territoire considéré comme libéré. 

LA LOCALISATION DES TERRAINS

Utilisation des coordonnées vues plus haut.

Carte Michelin 77 « Valence – Grenoble » édition 1939