Hommage à Jean-Noël Couriol

Par Michel Wullschleger. Le décès de Jean-Noël Couriol est  une bien triste nouvelle pour les Amis de Léoncel. Il a participé à plusieurs de nos colloques et a écrit dans neuf de nos Cahiers de Léoncel.

(Photo de titre : France Bleu Drôme)

Par ailleurs il a signé  plusieurs ouvrages traitant de la vie rurale ou de la richesse du passé drômois. Il était devenu co-président de la Revue Drômoise, a publié des articles dans Les Etudes Drômoises et  a  participé avec rigueur et réalisme à neuf de nos Cahiers de Léoncel . Il a co-dirigé la publication du bel ouvrage collectif consacré aux « Montagnes Drômoises » . et a participé à  de nombreux ouvrages collectifs. Il était vraiment l’historien du Pays de Gervanne. Nous avons l’un et l’autre beaucoup écrit dans La Gazette de la Gervanne dont il a eu un temps la  responsabilité.  

Jean-Noël Couriol à Saillans, commentant l’inscription romaine, 13 avril 2013 (cliché Alain Ainardi)

Dans les Cahiers de Léoncel il a participé aux numéros 1, 3, 4, 8, 10, 11, 12, 13 et 27, ainsi qu’au collectif « LEONCEL, une abbaye cistercienne en Vercors » publié en 1991.

Dans le premier Cahier il a consacré un article  très clair aux « chemins de transhumance et itinéraires anciens de la vallée de la Gervanne » avec trois cartes et trois photographies. Successivement, il décrit « le chemin de la « Beilhe » (troupeau en marche vers l’alpage), « le chemin des moines », « le chemin des muletiers », « le chemin de la Montagne ». 

Jean-Noël Couriol présentant aux Amis de Léoncel Gigors et son église Saint-Pierre, le 6 août 2017 (cliché D. Hyenne)

Dans le Cahier n° 3 il étudie les relations des Lantelme, seigneurs de Gigors, vivant dans leur  puissant château,  avec les cisterciens (photographie, arbres généalogiques des Lantelme de Gigors qui disparaissent au XIIIe siècle. Les successeurs sont les Reyniers, anciens vassaux des Lantelme). Il fait ensuite une intéressante typologie des  actes (dont des moments de crise) puis un inventaire des biens cédés ou confirmés aux moines. Il esquisse enfin la géographie des biens cédés.

Dans le Cahier n° 4, Jean-Noël propose « Léoncel-Bouvante : un espace frontière » (photographies du vieux col de la Bataille et de la Vacherie, vieille carte). Article essentiel et très réussi.

Col de la Bataille, début XIXe siècle (collection Amis de Léoncel)

Dans le Cahier  n° 8, il traite  (avec sa compagne Annie Friche) du premier achat d’un domaine rural par l’abbaye de Léoncel :   « La grange de la Voulpe à Alixan au XIIe siècle » (1165). Rappel des sources dans le cartulaire, description de la Grange, du domaine. Hypothèses concernant les limites, élevage, culture, partenariat avec les seigneurs d’Alixan, présentation du maillage civil et religieux (dont le centre est le prieuré de Coussaud).

Le Cahier n° 9 est consacré aux abbés commendataires de Léoncel (1681-1790). L’article est signé à nouveau par Jean-Noël et Annie Friche. Il est consacré à Alexandre Milon (1729-1771. Il nous présente la famille Milon et le personnage d’Alexandre, évêque de Valence pendant 45 ans, mais quelque peu déserteur de son abbaye entre 1729 et 1771. Il donne l’impression d’avoir laissé les prieurs de Léoncel en toute liberté.

L’abbaye de Léoncel, fin du XIXe siècle (collection Mémoire de la Drôme)

Dans le Cahier n° 10 « Léoncel espace cistercien », Jean -Noël consacre un article au rôle de « la Vacherie dans l’histoire de Léoncel ». Il évoque, à propos d’une vente à l’abbaye, les divers noms de lieux, situe autant que possible les noms cités dans les chartes. Il rappelle que l’expression « La Vacherie de Léoncel » n’apparaît dans le cartulaire qu’en 1292. Il aborde ensuite les problèmes posés par les premières chartes qui évoquent les principaux noms de lieux. Puis il  s’intéresse  aux  origines de La Vacherie, assez complexes si l’on en croit le cartulaire. Il décrit les lieux et les divers voisinages. Il note que, du XIVe au XVIIe siècle, La Vacherie apparait dans les archives de Léoncel essentiellement pour des problèmes de perception de la dîme et des droits féodaux. Sous l’Ancien Régime elle forme une communauté distincte rattachée à la paroisse du Chaffal. (Nombreuses notes, photographies et bibliographie)

La Vacherie au XIXe siècle (collection Mémoire de la Drôme)

Jean-Noël a participé au Cahier n° 11 (pris en charge par le Parc du Vercors) titré « Vercors, terre monastique et canoniale » avec quatre parties : 1) Moines bénédictins et chanoines augustins du Vercors – 2) Sites monastiques du Vercors – 3) Un espace monastique privilégié : Léoncel et Bouvante – 4) La belle floraison de la retombée méridionale.

Jean-Noël est intervenu dans  la première partie. Il a rédigé les paragraphes traitant des Bénédictins (introduction, l’ordre et la règle de Saint Benoît), de la présence bénédictine dans le Vercors, et il pose la question : « quelle unité ? » Dans la quatrième partie intitulée « La belle floraison de la retombée méridionale », il évoque successivement es établissements clunisiens, puis les prieurés antonins de la haute Gervanne, et je partage avec lui un paragraphe sur les autres sites du Diois.

Dans le Cahier numéro 12, il traite des « redevances perçues par l’abbaye sur le plateau des Chaux » qui dépend de Gigors. Il décrit le  terroir des Chaux (aujourd’hui partagé entre Gigors  et Beaufort), évoque la position de l’abbaye dans la moyenne vallée de la Gervanne. Il évoque la charte du 23 septembre 1295 (n° 274) qui cite sept personnes, six terres et deux vignes. L’acte est signé au lieudit Trois Prés. La somme demandée semble raisonnable  : 11 deniers et 15 sous viennois en argent et 2 setiers, 2 émines et 3 quartes de froment.

Dans le Cahier de Léoncel n° 13, l’auteur analyse « Le contexte économique et social après la révision des feux de 1447 et 1490« . C’est un écho des différentes difficultés fiscales qui s’ajoutent aux troubles que connaissent le Vercors et le Diois au cours des quatorzième et  quinzième siècles. Chaque communauté (village ou ville) était taxée pour un certain nombre de « feux »  à répartir entre les « foyers » (familles) qui la composent.

Nous retrouvons un article de Jean-Noël dans le Cahier de Léoncel numéro 27. Il s’agit d’un joli texte consacré aux chapelles rurales du Pays de Gervanne,  avec une superbe illustration. 

Michel Wullschleger,

4 novembre 2020