Habitants et maquisards du Vercors – Recueil de témoignages par Raymond Samuel

Raymond Samuel, de Léoncel, vient de publier (septembre 2018) un ouvrage titré « Habitants et maquisards – Recueil de témoignages ». Ce livre présente des souvenirs sur  l’occupation, le maquis, et l’attaque allemande de l’été 1944, dans le Royans-Vercors, et spécialement à Léoncel.

Le livre, de 206 pages, comporte quatre récits : les témoignages de deux résistants et ceux de deux témoins directs de la Résistance. Les récits ont été groupés par R. Samuel, qui les présente dans une préface, et les complète de documents en annexe (cartes, photographies, copies de courriers).

Michel Wullschleger a corrigé l’un des textes, celui de Charles Colombier, et participé activement à la diffusion du livre auprès des institutions.

Nous recommandons la lecture de ce livre à celle ou celui qui s’intéresse à Léoncel, au Royans et au Vercors, ou à l’histoire de la Résistance. Chacun des quatre récits est d’écriture claire, est précis, détaillé à la fois sur les péripéties vécues par le rédacteur et sur le contexte local ; les événements sont présentés comme ils ont été vécus, sans ajout de points de vue autres. Les émotions sont données sans fard, mais avec pudeur.

Ces souvenirs permettent de mieux appréhender la genèse de la Résistance, la vie des maquisards, et les événements dramatiques de l’été 1944. Inédits, ils ajoutent des informations nouvelles sur des événements déjà décrits.

  • Le premier récit est celui d’André Ottinger, jeune Lorrain (de Badonviller en Meurthe-et-Moselle) ayant décidé d’entrer en Résistance dans la Drôme, affecté à la Compagnie Sabatier (à Rochechinard). Le récit court de l’enfance à la démobilisation en octobre 1945, mais la partie principale porte sur les semaines de juin à août 1944, où la Compagnie Sabatier est engagée dans la défense du Royans. L’auteur décrit les premiers combats, la dispersion, la survie très difficile dans la forêt de Léoncel, les allées et venues liées aux ratissages allemands, les exactions des soldats ennemis. Après le Débarquement du 15 août, la Compagnie se reforme, A. Ottinger participe aux combats de la plaine, puis, intégré dans la Division alpine, part en Ubaye pour la bataille des Alpes, et finit son engagement  en Autriche.
  • Le deuxième récit est celui de Charles Émile Colombier, de Bouvante. Le récit va de janvier à août 1944. Pour échapper au STO, le jeune homme entre en Résistance et joint la Compagnie Fayard. Le 21 juillet, la Compagnie monte vers le Vercors pour porter secours aux combattants des hauts plateaux. La percée ennemie conduit à la dispersion, à la fuite, pleine de dangers, par le Glandasse et le pays de Quint pour rentrer à Bouvante.
  • Le troisième témoignage, de Jean Reynaud, est celui d’un enfant de Lente. À 12 ans, il est spectateur des préparatifs des maquisards, de leur fuite après l’ordre de dispersion, de l’arrivée des Allemands en provenance de Vassieux. Il voit les horreurs de la guerre : les morts dans la forêt, la prise d’otages (dont son père, le facteur de Lente) heureusement épargnés, la destruction de toutes les habitations de Lente. (Jean Reynaud a été contributeur des Cahiers de Léoncel).
  • Le dernier récit est celui de Raymond Samuel, habitant à la ferme de La Charge à Léoncel, 17 ans en 1944. Les souvenirs évoqués vont de 1940 au 22 août 1944, décrivant l’occupation, la mobilisation des jeunes gens après le Débarquement (deux frères ainés de Raymond sont incorporés dans la Compagnie Sabatier), la dispersion des maquisards dans les bois, la fuite des hommes en âge d’être exécutés. Puis l’arrivée des Allemands à Léoncel (occupation de La Charge, assassinat de trois jeunes gens à Gampaloux, mort à La Vacherie d’un cousin de Raymond). Et après le 15 août, reconstitution des compagnies FFI, descente dans la plaine, et mort de Gaston, frère de Raymond, le 22 août, à Alixan.

Raymond Samuel, dans sa préface, met en évidence l’articulation des quatre récits : lui-même et A. Ottinger se croisent à La Charge, A. Ottinger est témoin de la mort de Gaston Samuel ; C.E. Colombier et A. Ottinger ont des destins de maquisards proches ; J. Reynaud et R. Samuel décrivent, de leurs localisations respectives, l’approche des Allemands à Léoncel.

Ces témoignages se complètent et se recoupent. Leur publication simultanée apporte une vision plus large sur le drame de l’été 1944, permet la recherche des similitudes et des différences des parcours.

Il faut donc saluer l’initiative de R. Samuel, et le remercier : à l’heure où les témoins disparaissent, son travail précise les faits et nous rappelle ce qu’ont été l’occupation et la libération, les terreurs et les malheurs de la guerre. Son témoignage se termine par une proposition pleine d’espoir : « Pour lutter contre le besoin de violence chez les adultes (…) nous devons élever toute une génération d’enfants heureux. » Grande leçon, de la part de quelqu’un qui a directement souffert de la barbarie.

Le livre est publié hors commerce, mais il peut être consulté dans les médiathèques de Saint-Jean-en-Royans, Saint-Laurent-en-Royans, Romans et Valence, ainsi qu’aux Archives départementales de la Drôme.

Raymond Samuel peut être joint à l’adresse électronique :  famiresam@orange.fr